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Résumé du rapport d'évaluation du projet « Savoir-Etre à l'Ecole »

Synthèse du Rapport de Projet « Savoir-être à l’école » (septembre 2008 à juin 2011),  remis par le Département d’éducation et technologie des Facultés universitaires Notre Dame de la Paix à Namur.

Introduction :

La Fondation M , fondation d’utilité publique créée en 2007 par le philanthrope belge Pierre Moorkens, a mis sur pied un programme de formation destiné aux acteurs de l’enseignement. Cette formation s’inscrit dans le cadre du projet « Savoir-être à l’école » qui a pour objectif de transmettre aux professionnels de l’éducation un modèle de compréhension des comportements humains en lien avec les différents territoires cérébraux.

Le programme de la formation Savoir-Etre à l’Ecole est issu de récentes recherches  en neurosciences et fondé sur l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) qui modélise nos mécanismes cérébraux et leurs impacts sur nos émotions, nos comportements et notre capacité à prendre des décisions.  A cette grille de compréhension s’ajoutent des outils pratiques et concrets pour mieux gérer nos émotions et nos comportements, et aider les élèves à mieux gérer les leurs.

Souhaitant faire évaluer la pertinence et les impacts des formations qu’elle prodigue par une autorité académique indépendante et spécialisée en pédagogie, la Fondation M a confié au Département d’éducation et technologie des Facultés Universitaires de Namur la mission de suivi et d’évaluation du projet « Savoir-être à l’école » pour les trois premières années de sa mise en œuvre. Le Rapport remis par les Facultés établit le bilan du chemin réalisé dont le lecteur trouvera ci-après la synthèse.

1. Objectifs du projet « Savoir-être à l’école » :

Le projet Savoir-être à l’école a pour objectif de transmettre aux acteurs de l’enseignement un modèle de compréhension des comportements humains et plus particulièrement de leurs modes de fonctionnement cérébraux et des outils pour :

  • Comprendre et gérer le stress (leur propre stress et celui de leurs élèves),
  • Développer la maturité des élèves en stimulant leur intelligence adaptative,
  • Motiver et se motiver (identifier les freins et les facteurs de motivation)
  • Comprendre et gérer l’agressivité et la violence 

Il vise à favoriser in fine l’optimisation de l’accès au savoir, le développement harmonieux des élèves et leur intégration réussie dans la société.

2. Public touché par les formations

Sur les trois premières années du projet :

  • 906 personnes ont suivi la formation (de 2 à 23 jours)
  • 20 écoles se sont engagées en équipe dans la formation
  • 60 directrices et directeurs se sont formés 
  • 12 formations en forum inter écoles ont eu lieu dans l'enseignement secondaire
  • 2 formations en forum inter écoles ont eu lieu dans l'enseignement primaire
  • 1 formation complète (6 jours) a eu lieu dans l'enseignement supérieur
  • 237 élèves ont suivi des ateliers de gestion du stress et/ou de connaissance de soi. 

3. Evaluation du projet :

Méthodologie d'évaluation

Depuis le début du projet, le Département d'Education et Technologie (DET) de l'Université de Namur a été chargé par la Fondation M d'accompagner le dispositif de formation mis sur pied et d'en évaluer la pertinence et les impacts dans les classes. Le DET a ainsi suivi de près la mise en œuvre des projets-pilotes dans les cinq établissements "pionniers", assistant à toutes les formations et aux ateliers pratiques qui en font partie intégrante.  Les équipes de direction ont également été rencontrées régulièrement, pour assurer une régulation constante des actions, en collaboration étroite avec la coordinatrice du projet de la Fondation M. Un premier rapport qualitatif a été produit en juin 2009, portant sur la première année du projet.

En juin 2011, une enquête quantitative a été proposée à tous les professionnels qui avaient suivi au minimum 1 à 2 journées de formation. Cette enquête portait essentiellement sur l'utilité et sur les impacts d'une telle formation, en lien avec les besoins concrets des enseignants. Elle a permis également de mettre en évidence certaines perspectives d'avenir pour le projet.

Résultats de l’enquête

En traitant les données de cette enquête, il est très vite apparu qu'il existait des écarts de perception significatifs entre ceux qui avaient suivi peu de jours de formation et ceux qui, au contraire, étaient plus engagés, non seulement en nombre de jours, mais également dans la durée.

Quatre catégories de participants se sont ainsi dégagées :

  • les "découvreurs": ayant suivi de 1 à 2 jours de formation 
  • les " intéressés": ayant suivi de 3 à 6 jours de formation
  • les "assidus": ayant suivi de 7 à 12 jours  de formation
  • les "chevronnés" : ayant suivi 13 jours et +. 

La pertinence de la formation et sa perception par les participants :

Utilité et impact global de la formation

La formation est globalement considérée assez bien à très utile (66%), un peu plus au niveau personnel qu'au niveau professionnel.  Plus les enseignants progressent dans la formation, plus ils la considèrent comme utile et plus ils en sont satisfaits.

Impacts sur les pratiques professionnelles

Selon les personnes interrogées, cette formation modifie le regard sur les élèves et ce, quel que soit le nombre de jours suivis. Un tiers des participants évoque également des impacts positifs significatifs au niveau de la gestion de classe.  Les changements n'apparaissent de façon vraiment significative qu'après plus de 6 jours de formation (les trois modules de base).

Un autre impact concret de la formation concerne le soutien et la remédiation. Cet enjeu d'aide à l'élève en difficulté confirme le sens du projet Savoir-être à l'école dans sa dimension d’aide à l’apprentissage et de lutte contre l'échec scolaire.

Certains évoquent également des impacts sur le rapport à l'erreur, ce qui renforce l'idée que "comprendre ce qui se passe permet de dépasser les jugements sur la personne, d'étiqueter les élèves" mais aussi de sortir de la dualité "échec et réussite, bien et mal".

Impacts sur les relations professionnelles 

Selon les personnes interrogées, cette formation permet également de mieux gérer les relations professionnelles, essentiellement avec les élèves. Les participants assidus et chevronnés en tirent un bénéfice également au niveau des relations avec leurs collègues, ce qui n'est pas le cas de ceux qui ont suivi moins de jours de formation. Près de 2/3 des enseignants disent que la formation leur a permis de mieux comprendre les comportements et les émotions de leurs élèves. Mais il apparaît que l'intégration des outils et de la démarche nécessite du temps, de la  pratique accompagnée, et davantage de travail sur des cas concrets.

La pertinence des contenus  

La pertinence des thèmes 

De l'avis de la majorité des enseignants, les thèmes abordés les plus marquants sont l’explication donnée de l’origine du stress et les techniques transmises en formation pour permettre à chacun de recourir à  son « intelligence adaptative », base incontournable de l'ANC. Pour les enseignants ayant acquis une vision de l'ensemble de l'approche et de sa complexité, avec davantage de recul et d'intégration dans le temps, c'est le modèle des personnalités de l’Approche neurocognitive & Comportementale qui les marque davantage, en lien avec la motivation.

La pertinence des outils

Il apparait que les techniques de prise de recul et celles qui permettent de différencier leur approche pédagogique et leur discours en fonction de la personnalité de leurs élèves dans une perspective d’apprentissage aient le plus impacté les participants aux formations.      D’autres groupes retiennent plus précisément certains outils de gestion relationnelle du stress, qui permettent de sortir rapidement quelqu'un d'un état de fuite, de lutte ou d'inhibition. Ces outils les plus marquants sont aussi ceux que les enseignants mettent le plus volontiers en pratique en classe.

Pour aller plus loin…

Globalement, il ressort clairement que la formation proposée stimule l'envie de poursuivre, d'approfondir le sujet, et cela, peu importe le nombre de jours suivis. Par contre, plus les enseignants se forment, plus ils ont envie d'approfondir.

Le suivi reste indispensable à leurs yeux. Le défi pour la Fondation M sera de continuer à les soutenir dans la durée, de les accompagner dans leurs projets et leur offrir du neuf, tout en formant d'autres équipes demandeuses dans de nouvelles écoles.

Pour aller plus loin, différentes propositions sont ressorties de l’enquête :

  • Poursuivre  la formation à un niveau plus approfondi, avec d’autres modules
  • Organiser des séances de suivi pratique sur des cas concrets
  • Se former à l'animation d'ateliers pour les jeunes
  • Pratiquer, de préférence accompagné.

Les participants les plus chevronnés ont surtout envie de découvrir du neuf et de continuer à apprendre, avec les formateurs ou en lisant sur le sujet. Pour ces équipes pionnières, la poursuite du travail engagé depuis trois ans s'oriente clairement vers la mise en place de projets spécifiques (connaissance de soi et projet du jeune, orientation, remédiation, bien-être à l'école...), tout en gardant le lien avec la Fondation M pour intégrer davantage les apports de l’ANC.

Quelques-uns par contre n'ont pas envie de poursuivre, considérant que cette formation est soit trop théorique, soit peu utile pour leur pratique, ou encore leur laisse une impression de « déjà vu ».

La diffusion de la formation

Selon la majorité des personnes interrogées, cette formation est un bagage utile et important à transmettre dans le cadre de la formation initiale des enseignants. Elle concerne également d’autres professionnels de l’enseignement:

  • les éducateurs
  • les directions
  • les agents PMS
  • les Conseillers pédagogiques

Elle est à diffuser également aux élèves, sous une  forme adaptée.

4. Perspectives

De ce retour du terrain se dégagent différentes pistes d’actions pour l'avenir du projet :

Poursuivre la formation de base.

Développer le projet et l’étendre à d’autres publics : enseignement  primaire, supérieur, formation initiale des enseignants, médiateurs, CPMS, aide à la jeunesse, …

Envisager les aspects organisationnels et didactiques de la formation :

  • Privilégier les formations longues (minimum 6 jours), avec des personnes volontaires               
  • Limiter les groupes à maximum une quinzaine de personnes
  • Proposer un suivi systématique sous forme d’ateliers pratiques
  • Etablir des liens avec d'autres approches psychosociales

Développer et approfondir les « sous-projets » :

  • Module spécifique pour la remédiation et l’aide aux élèves en difficultés
  • Ateliers pour les jeunes

Approfondir la formation des enseignants demandeurs:

  • Module d’approfondissement
  • Module de formation à l'animation d'ateliers pour les jeunes

Nourrir la réflexion des enseignants formés (articles, conférences, colloques, livres, bibliographie élargie, lexique reprenant tous les termes de l'Approche Neurocognitive et  Comportementale…

Autonomiser les équipes pédagogiques :

  • Soutenir les enseignants dans leur appropriation des outils et de la démarche, dans la mise en pratique de l’ANC dans leurs classes et dans la construction d'outils adaptés à leurs besoins. Cela peut aller de simples séances de suivi  et d’ateliers pratiques à des temps de travail en équipe autour de projets d'écoles spécifiques.
  • Envisager les aspects déontologiques d’une telle approche
  • Outiller davantage les enseignants formés avec des supports pratiques et outils supplémentaires
  • Compléter ce recueil d'outils avec d’autres approches, concernant les compétences émotionnelles, la gestion de l'apprentissage, la connaissance de soi, la question de l'orientation etc.
  • Organiser des réseaux d’échanges supervisés par la Fondation M
  • Développer des partenariats avec des associations œuvrant dans le même sens.

5. Conclusion

Le projet « Savoir-être à l’école » est porté par bon nombre d’aspects concrets en lien avec les besoins du terrain, et plus particulièrement des personnes qui chaque jour sont en première ligne pour assurer de leur mieux l’éducation des jeunes. Ce sont ces acteurs directs de l’éducation qui disent y avoir trouvé un intérêt certain, selon des critères qui diffèrent quelque peu de l’un à l’autre, mais qui néanmoins peuvent fournir certaines informations utiles pour aller plus loin.

Tout d’abord, dans ce projet, comme par ailleurs dans les recherches qui portent sur le projet du jeune ou sur le décrochage scolaire, la connaissance de soi, en lien avec le sens de l’école et la motivation, se dégage comme un axe de travail essentiel pour aider les jeunes qui risquent de décrocher mais aussi, comme évoqué plus loin, ceux qui présentent de plus en plus de difficultés à se construire un projet personnel ou professionnel ou tout simplement à s’orienter vers des options ou filières qui leur correspondent.

D’autre part, la pertinence des contenus de formation pour les enseignants semble maintenant évidente: au-delà de la curiosité de départ, beaucoup d’entre eux demandent explicitement à aller plus loin et à approfondir la matière.

Il s’agit en effet, selon ces enseignants, d’un outil d’analyse de pratiques et d’action pédagogique, et donc de développement professionnel, à diffuser largement dans les établissements scolaires, car il permet non seulement d’entrer efficacement en relation avec les jeunes et d’améliorer la gestion des classes, mais aussi de réfléchir sur les pratiques professionnelles, les enjeux et les valeurs qui sous-tendent le métier de professeur, ainsi que de participer à la prévention de l’échec scolaire en posant d’autres regards sur l’élève, la motivation, les difficultés d’apprentissage, l’échec et la réussite, ou encore l’orientation.

Au vu des réactions d’un bon nombre de participants, il apparaît que la dimension collective du métier et dès lors les difficultés liées aux applications en groupe-classe, renforcées par la complexité et les contraintes du monde scolaire, restent à prendre en considération pour assurer l’implantation du projet à long terme, car les réalités du monde scolaire sont celles des classes, avec un nombre élevé d’élèves, une hétérogénéité de besoins grandissante, un temps morcelé et limité, des pressions diverses. Mais ceux qui mettent dorénavant en pratique au quotidien ce qu'ils ont appris le disent et le prouvent : cela est possible!

La complexité de l’approche proposée, aux yeux de certains participants,  est également à prendre en compte, ce qui nécessite de continuer à travailler en équipe. Ainsi, pour que le projet s’implante dans la durée, le suivi déjà mis en place dans les écoles-pilotes peut prendre la forme d’un accompagnement: partant des besoins et des problèmes rencontrés par les praticiens, dans une démarche d’analyse de pratiques, avec un cadre et des moyens négociés, des contenus appropriés pour chaque établissement.

Cet accompagnement s’inscrirait dans un processus de développement professionnel utilisant le groupe comme ressource, avec des temps d’analyse, de mise en projet, de création et d'expérimentation. De là peuvent également se dégager des besoins de formation complémentaire, plus ciblée.

Cette démarche de co-développement professionnel est à mettre en lien avec l’aspect fédérateur du projet cité à maintes reprises par les participants : les enseignants disent se parler davantage, la communication semble plus fluide et beaucoup insistent sur la nécessité de poursuivre ce travail d’équipe pour assurer une cohérence d’action et de regard envers les jeunes. Certains ont ainsi fait le choix de développer des pratiques innovantes ou des projets d'école, partant du Savoir-être pour déboucher sur d'autres domaines à explorer pour une éducation élargie.

Car cette formation apporte des clefs de compréhension et des moyens d'action supplémentaires pour soutenir les élèves en difficulté et les jeunes en questionnement. De plus, bien au-delà des outils, elle semble susciter des échanges porteurs : les enseignants s'interrogent sur leurs rôles fondamentaux, sur leurs missions d'éducation et de formation, sur la nature de la réussite et de l'échec, sur l'accompagnement d'adolescents en devenir, dans un monde de plus en plus complexe et mouvant…

Ils s'interrogent également sur leurs limites, leurs difficultés à gérer la complexité du métier, sur le respect et le bien-être de chacun et de tous à l'école, jeunes et adultes, et sur leur propre motivation à enseigner, leurs appréhensions et leurs élans... Et leurs représentations du métier s'enrichissent, s'élargissent ou tout simplement en reviennent aux fondements de leur profession.

Ainsi, en permettant aux équipes éducatives de découvrir les processus cérébraux qui nous pilotent, le projet Savoir-être à l’école amène dans les établissements scolaires de nouvelles compréhensions de nos fonctionnements à tous. Il propose des moyens supplémentaires non seulement pour améliorer les rapports humains, au niveau des équipes, de la gestion de classe, des relations individuelles avec les jeunes, mais aussi pour accompagner toujours mieux ceux qui sont en difficulté d’apprentissage ou démotivés. En travaillant sur bon nombre de représentations enfermantes, ce projet pourrait ouvrir la voie à davantage de qualité dans la communication et à une plus grande sérénité personnelle et collective, essentielle pour un développement harmonieux des jeunes qui feront le monde de demain.


(1) www.fondation-m.org
(1) Recherches menées par l’Institut de Médecine Environnementale de Paris www.ime.fr

Fondation M, fondation d'utilité publique
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